"Ma vie n’est qu’un leurre
N’est qu’un mirage
N’est qu’un désespoir
Hypocrisie suprême
Honnêteté fuyante
Ma tête s’incline
Mon cou se tord
Tel le bossu
Rampant par terre
L’esprit ailleurs
Et les pensées perdues."*
Voilà ce que tu aurais voulu me dire par "Je suis comme le chante Dalida, malade, je suis malade".
Comment vivre avec une maladie que l'on n'arrive pas à nommer? Comment l'affronter? Se résigner? Je ne guerirai jamais, je le sais, je vivrai avec... ne tarde pas s'te plait, ne reste pas longtemps sans me faire signe, tu n'as pas ce droit, non tu ne l'as pas, appelle-moi dès demain, trois quatre jours sans pouvoir te joindre ont été horribles, tu devrais grouiller pour ton téléphone, je te donnerai le mien sinon... je lis trop d'exigences dans tes yeux, je n'arriverai jamais à les satisfaire, c'est comme une dépendance et je n'aime pas que l'on dépende de moi, je n'aime pas t'être si essentielle, je n'aime pas mon manque de courage, ma faiblesse face à toi. Je récolte tes larmes, tes rires, tu te caches derrière ces gros verres foncés et tu me traites de maso quand je t'interdis de changer de station radio... Maso, t'es maso...toi même! Comme quand ma mère sortait le soir et qu'elle me laissait seule avec mon désespoir... je ne guérirai jamais. Comment en parler, savoir le faire et puis convaincre que ce n'est pas psychique. Comprenez-vous, entendez-vous, taisez-vous ! Non, ce n'est pas psychique, ce n'est pas dans la tête, je vais bien moi, c'est le corps qui a mal. D'une douleur, mais d'une douleur... incommensurable. J'ai compris. C'est comme quand on a envie de s'arracher les bras, puis les jambes aussi, ça gêne. Tout comme quand on a envie de se brûler le corps, ça frémit. Alors, on se replie, tout juste si l'on arrive à se contracter, ça coince. Pour avoir un tout petit peu chaud. Assez! Elle me frustre, me laisse sur ma faim. Monet. Au début, Ce nom est à la fin ou au début de chacune de ses phrases. Il a vécu dans le Val d'Oise, on ira visiter sa maison un jour, il paraît que la fenêtre de l'étage donne sur un jardin à la française... Bla, bla, bla... Oui, je t'y accompagnerai avec joie. Mais ce que je veux, c'est toi, toi et non pas lui et ses potes sur tes toiles. Je n'ose pas. T'as peur de quoi?... Sinon ton blog va bon train? Il survit à mes bêtises. T'as écrit quoi, récemment? Bof, comme d'hab rien d'extraordinaire... Ta falaise est toujours sur la table, tu ne le finiras donc jamais! Je me demande pourquoi t'obstines-tu à retoucher les rochers d'en bas, les assombrir de ce bleu pétrole puis tout éclabousser avec de l'écru. Sans vagues, la mer n'est pas le mer. Là n'est pas la question... je voulais parler de cette violence qui t'appelle et te demande de l'accentuer en bas de cette falaise. La capricieuse ! La violence est partout, elle peut même être très belle quand elle n'existe que pour elle-même, quand elle ne se propulse pas en dehors de sa bulle. Tu crois! Moi, je ne la supporte pas, je ne pourrai jamais l'apprécier, jamais! Il y a de la violence en toi. C'est pas vrai. Il y a de la violence en chacun de nous. Toi tu es très violente. C'est pas vrai, ne me dis pas ça. Pourquoi? c'est pourtant vrai... Il y a de la violence en toi, que tu n'évacues jamais, ne la laisse pas t'envahir, te ronger, tu devrais faire du sport par exemple. Je n'en ferai plus. T'es bête! Non, je préfère maso! Et puis arrêtons de parler de moi, c'est de toi qu'il était question ! Ca m'énerve quand tu fuis, pourquoi le fais-tu? Parce que je n'ai aucune réponse, aucune solution, pas même une sournoise possibilité de faire semblant. T'as pas besoin de faire semblant! Mais tout le monde fait semblant. Tout le monde! On fait semblant de vivre, de parler, de bouger, de survivre, de pleurer, de rire, d'éternuer, de dire, de se taire, de dormir, de se reposer, d'aller, de revenir, de faire l"intéressant, de s'effacer, de se propulser vers les devants, de tousser, de faire la guerre, de prêcher pour la paix, de tuer, de faire l'amour, de mettre au monde, d'apprendre, de donner des leçons, de gagner, de perdre, de juger, de culpabiliser et de se culpabiliser, de salir, de nettoyer, de croire, d'espèrer, d'avoir, d'être... et moi j'ai surtout l'impression de faire semblant d'aimer. J'en peux plus, mon moral a baissé, tu devrais faire attention, j'ai la tête plein de rêves, j'ai à peine vingt ans, j'en peux plus, vraiment. Moi aussi. La vie n'est vraiment pas belle...
Puis, elles trouvèrent une place au parking d'Auchan, firent leurs courses, rentrâmes avec la même idée trottant "la vie n'est qu'un leurre, qu'un mirage, qu'un désespoir"... heureusement que le destin les a réunies, pas pour partager leur pessimisme grandissant, mais seulement pour se faire rire après les larmes versées de la plus âgée. Mutuellement, mutuellement. La vie n'est pas belle, non, elle est juste mirobolante.
* Bassel

