Samedi 07 Juillet 2007

- T’as vu le mec qui est là bas… il est mignon non ?

- Hadak ! demandani, il s’appelle Jugurtha, j’ai accepté de lui parler, mais après cinq minutes, je l’ai envoyé balader. Il est nase, il écoute Aït Manguellet ; ce que tu crois être du gel sur ses cheveux n’est autre que de l’huile d’olives, ça pue tellement fort qu’on croirait qu’elle a été frite trois fois au moins ! Et puis regarde la façon dont il est sapé, on dirait un paysan, vêtements contrefaits, baskets adibas, il est aussi démodé et vieillot que djedou Allah yerahmou, il ne se tient pas droit, a la peau grasse, beurk, c’est pas mon genre !

- Moi, je n’ai pas de genre particulier.

- Ah ouais ! Ne me dis pas qu’il te plait, non, pas ce plouc de Djigo*, toi t’es trop top, tu mérites un mec super classe… quoi ! Il te plait ?

- Non pas spécialement.

- Tu veux dire pas du tout, je te connais, t’as grave bon goût. Ma t’bahdlinache, ba3da, n’ti lazemlek wahed hatta, fort, fort oû bezour !

- Si tu le dis.

- Bon, changeons de sujet, au fait, t’as vu mon nouveau sac ? Trop de la balle, hein ! Je l’ai eu chez RG des Bâtiments Bleus, tu connais RG, marka ! Trop la classe là bas…

- Oui, je connais.

- T’es pas trop bavarde today, waich qui s’passe ? allez raconte, les amies c’est fait pour…

- Non, ça va très bien, Samia, t’inquiète.

- Ok ! Donc, mon sac, j’ai eu du mal à le choisir, y avait trop le choix, d’zaïr évolue quand même non ?

- Oui, matériellement.

- Tu parles, on a tout ce qu’on voit dans les mag’, à la télé, moi, je suis trop contente, ce qui est top c’est que tu peux marchander, le sac, réellement, il fait 2000 DA, je l’ai eu pour…

 

Si elle savait à quel point son sac pailleté rose bonbon à rayures bleu turquoise m’intéresse ! Le genre de besaces tape-à-l’œil qui attirent les filles tape-à-l’œil cherchant des mecs tape-à-l’œil et dès qu’elles les voient elles clignotent de l’œil droit… Elle a dit qu’il s’appelait Djigo !... Djigo, Djigo, Djigo, quel joli diminutif à deux succulentes syllabes, à chantonner sans m’en lasser tout le long du jour… Djigo, il est si… de loin, je le vois, le scrute, le comprends. Je l’aime déjà (mais c’est entre moi et moi-même, si Maman le découvre elle me lancera un «  ya farhi ya sa3di » ironique et décourageant) Djigo, si craquant avec sa grande taille et ses petits yeux espiègles. Waouh ! Et puis ses joues, deux petites pommettes qui rougissent dès que quelqu’un s’adresse à lui. Timide le coquin ! Il est intriguant, il doit cacher des merveilles derrière ces apparences de mec las, nonchalant et oisif. Artiste, il est sûrement musicien, ou bien peut-être qu’il fait de la peinture à la Maison d’culture… Waouh ! qu’il a l’air sensible, il bat aux corneilles, il doit sûrement rêver entrain de voler comme une colombe… je le suivrai, partout, partout, partout… je lui chanterai «  j’irai où tu iras au bout du monde avec toi, quitte à tout perdre avec toi » ainsi il me dira que je suis sa première et qu’il ne pourra pas se passer de moi,  que sans moi il serait perdu etc etc etc, après il se mettra à genoux et me criera «  Marry me today ! », comme dans les films, sauf qu’arrivés jusqu’à ce stade, je serai contrainte de répondre «  va voir mon frère qui dira à mon père après avoir fait toute une enquête à ton sujet que t’es un mec convenable et que tu seras un bon mari, sauf qu’il faut que tu fasses ta situation avant, et qu’il ne veut plus te voir avec cette bande louche de ton quartier ben oui, parce qu’il a envoyé sa bande à lui du côté de chez toi et ils ont joué à la CIA après une chauvine partie de dribles avec un ballon de plage… bref, tout ça pour te dire qu’il faut attendre au moins 15 ans, le temps que tu t’installes confortablement à la fac, et moi à la maison, j’apprendrai à être une bonne femme selon mon frère qui est incontestablement contre le fait que je rejoigne les rangs de l’université, il est contre la mixité, el khaloutta teddi l’ehlak d’après lui, je me demande souvent pourquoi alors l’on me met toute cette pression, ils veulent que j’obtienne le bac avec une bonne mention, juste pour le prestige, pour faire taire les mauvaises langues, ils leur diront après que c’était mon choix de ne plus poursuivre mes études, mon œil oui !… enfin, c’est pas ça qui m’inquiète, je t’attendrai jusqu’à la mort, mais entre temps, on ne pourra même pas se sourire via les fenêtres, vu que l’on sera surveillé, mon frère ne te quittera pas des yeux, il n’aura que ça à faire, le fainéant, depuis qu’il a quitté l’école il y a de ça cinq ans, son passe temps favori, c’est s’occuper de ses sœurs, il n’est pas mignon mon frère ! Plus attentionné que lui, tu crèves. A l’entendre, on aurait crû qu’il a passé son service militaire, et qu’il  est encore très assidu quant aux instructions de ses chefs, je crois qu’il entretient un rapport très affectif avec harf el mim. Ainsi l’on peut sans peine d’en redemander l’entendre rengainer tout au long de la journée de très jolies chansons du genre : m…a tekhourdjich, m…a teleb’sich, m…a tekhouzrich, m…a ttalich mel balcon, et j’en passe et des merveilleuses à croquer ! T’as vu, je t’avais dit qu’il était mignon mon frère !... plus sérieusement, si tu viens demander ma main, malgré toutes tes bonnes intentions, je ne t’adresserai plus la parole, ce sera fini, n’y pense même pas ok Djigo !  »…

- Leïla, ouh ouh, Leïla, reviens sur terre !

publié par Boudou. dans: boudou

Moi? Ben, BOUDOU!

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Sunny, yesterday my life was filled with rain. Sunny, you smiled at me and really eased the pain. The dark days are gone, and the bright days are here, My sunny one shines so sincere.
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