My Joe,
Mon petit charlatan, mon protégé, petit bout de sucre, je te fais la cours là! Pourtant tu sais bien que ce n’est pas de mes habitudes ni même mon genre! Et pourtant, je te courtise, je ne te lâche pas, je t’aspire, toi qui n’a même pas daigné me retenir, tout comme les autres d’ailleurs! À croire que j’étais de trop. Vous vous êtes bien débarrassés de moi, hein? C’est si bien sans ce bout de feu, cette révoltée qui fustige du regard, «inaccessible, disais-tu de moi, même les filles ont peur de te parler!» Peur, t’avais utilisé ce mot, peur. J’en déduis que je suis un monstre, un dragon, même mieux, une vipère! Ai-je tort? C’est si bien sans. Vous faites sans. Je vis sans. Je fais semblant. Sans souci. Sans vous. Sans moi. Sans toi.
Fonce, Boudou, Fonce! T’avais dit… t’avais dit beaucoup de choses, et moi j’ai tout fait pour ne rien oublier.
De toutes ces étoiles qui sortaient de ta bouche et que je rassemblais aussi vite que je pouvais dans mes mains, de peur qu’elles ne m’échappent, qu’elles ne s’évaporent parmi toute cette fâcheuse poussière qui volait puis tombait et s’accumulerait sous nos baskets. Tu sais, j’en ai fait d’étincelants firmaments au quotidien, sans smir, en cachette je les mettais dans mes yeux le soir juste avant de fermer délicatement ces derniers et de dormir.
Tous les matins, je me levais alors avec un regard tout neuf et tout frais sur le monde. Un regard aux yeux qui brillent plus intensément que la veille.
De toutes ces larmes que je n’ai guère su sécher, je suis la cause de bien des gouttes émanant de tes yeux. Des yeux de Hamster disait-il! J’ai fait preuve de beaucoup d’égoïsme, je me plaisais à plaire enfin! Je souriais à tous ces gens qui me trouvaient «intéressante», toute mignonne avec ses joues écarlates, ki yet’ham’rou, welliti hemra disaient-ils! ma mère appelle ça hemèt leqttoutta! Et toi qui me disais souvent «ma khassak ghir eswak ya m’3awdjet lehnek» même si l’expression n’était pas dans son contexte, tu me le disais juste afin de me taquiner, je le sais. Je n’aime pas mes bonnes joues, mais je te le pardonne, comme s'il y a eu fâcherie au préalable. Et puis j’aimais bien te faire rire en rajoutant «ana m’3awdja au complet» ou bien «ana ga3 je forme un seul défaut!»
Elle est sûre d’elle. Elle a un fort caractère, une forte personnalité, sait ce qu’elle veut, pensaient-ils à voix haute quand il m’arrivait de gueuler et leur ressasser mes «là d’où je viens, ma nessouktouche 3la heqna!» Je fais ma kabyle et fière de l’être alors que la langue je la parle chouia chouia. A peine. Apparences. Et mon cœur qui voulait dire: «Je suis comme vous! Comme vouuuuuuuuuuuuus». Même si j’ai souvent l’impression d’être sujette à un dédoublement de personnalité «infissam e’chakhssiya». J’ai peur pour vous tout comme j’ai peur pour moi. Et même si tout le monde me tapait sur le système (j’ai dû vous gaver avec mes «ça me saoule») je vous aimais quand même. C'est parce que tout aussi perdue que vous, je savais quand même et contrairement à beaucoup d’entre nous ce que je ne voulais pas, je savais que je ne finirai pas traductrice et tu le savais aussi! Et cela me peinait de vous voir ainsi confus de ne pouvoir appercevoir un p’tit quelque chose de précis à l’horizon. Moi, le mot-à-mot me faisait rappeler le mauvais goût de «la culture du copier/coller» qui nous a suivi tout au long de notre parcours scolaire. Les profs, je n’appréciais que ceux que personne ne supportait, à croire que bizarre, je le suis vraiment. Et puis «traduire» tout court n’était pas mon fort, pourtant je rêve toujours de maîtriser les langues.
J’aimerais t’écrire kima n’ti moualfa t’ketbili, mais je ne sais pas si je serai aussi drôle que toi, ce n’est qu’imitation, m’3enda, "écrire oralement" ne m’est pas aisé, lazemli une certaine habitude bach n’walef, déjà qu’j’ai eu du mal avec tes «t’wahechtek ya djeddek»!! Ma t’zidiliche yerhame e’cheikh! C’est pas pour te briser le cœur, mais ana je préfère ma netwahach’ch ga3… hakda kheir … hakda ouala k’tar. Hada houa mektoubna, wach t’hebbi, t’wahchi ouala eqou3di, e’bki hetta tenchef 3younatek, nouwhi hetta techeb3i kima t’qoul mama … je vais finir par être parolière de chansons Raï, cette musique que j’affectionne tout particulièrement, au point de cacher les Cd de Mimi pour qu’elle ne me pourrit pas le cerveau avec ses «3arsi annuli, l’visa wajda» ou bien «tebghi el euro, tebghi e’dourou» ou encore celle qui a fait un tabac l’été dernier f’hadouk les fameux 3rass que j’affectionne tout aussi particulièrement «ich liebe dich, je t’aime…» toutes ces chansons passées en boucle, heqqa heqqa, e’raï e’talef oui! Et quand on critique, ils disent que c'est juste pour bouger! En plus, Mimi me demande après, comment je fais pour avoir de bonnes notes in english! kount n’senaha hadiya! Elle ne voulait pas me croire que c’est grâce à Mariah Carey que mes notes flambaient au dessus de 15, enfin Mariah Carey ki kanèt 3la didan’ha, machi douka à la façon dont elle se trémousse m3a snoop doggy and co! Ye3ni même ana kount 3la didani, beslamti «I can’t live if living is without you» n’est plus de mon actualité! douka 3aycha bik ouala bla bik! hadek ma khasni ghir eswak oualla wach qal?
Wachnou? Rani nel3ab’ha? Pour une fois, je fais des prouesses ou nehdar bel 3arbiya avec vous qui m’aviez collé le cliché de la petite kabyle zouakha chouia bezzaf, raki t’qoulili belli je me la joue un peu! Plus simple que moi tu meurs, qouliha ou 3awdiha! «Plus simple que toi je meurs, plus simple que toi je meurs…» très drôle! Ha ha ha, q’taltini bedahk, khellini n’ched kerchi! Douka, tu permets nehkilek une blague, h’kahali khouya e’ssghir, la voici: qalek wahad el3arbi kan yehdar m3a wahad elq’baïli , qalou « mi n’touma leqbayel ci pas ça ga3, ki tehadrou: kelma q’baïlya kelma françi», leq’baïli t’nirva ou qalou:«noukni??* Jamais!». Tu remarqueras et comprendras sans que j’aie à te le préciser normalement les mi (mais), ci pas ça et françi! Bien sûr quand mon frère me l’a racontée j’avais rigolé pour le «jamais» du kabyle, or qu’il y avait bien plus marrant au préalable! Sinon, tu connais bien mon avis là-dessus, je ne vais pas en faire une morale digne de Lafontaine.
Techfaye l’3am li kanèt chadet’na hadik la prof e’ssghirra ta3 el 3arbiya ou kanèt t’madelna e’chi3r à analyser, ana t’fakart hadek li ketbatou Nazak El Malaïka, hadek autobiographique ch’fiti yakhi, yakhah tekteb wallah ghir tekteb, 3endi ma hawest mazal ma ssabt kach diwan d’yal’ha !
Sinon n’qoulek hadja Allah yekoun m’3akoum, à propos du prof d’Allemand ta3 had el3am, ghir rouhou e’dirou les cours supplémentaires kima kanèt la mode f’ e’lycée, koul t’nin oû khmiss le3chiya cours de maths, physique, sciences, oû pour les littéraires philo, arabe, et quelques uns qui éprouvent le besoin d’améliorer leur niveau en maths alors qu’ils s’autoproclament prédisposés «nuls en maths» maghlouqine comme ils disent, ou la meilleure des meilleures hiya lalla l’histoire-géo, hadi n’markiw’ha f’e’tarikh, comme si ma 3and’nache wach n’markiw d’autre! Ma s’ralna rien de plus intéressant que ceux qui allaient se faire faire apprendre tarikh oua djoughrafiya, yakhi yakhi, du parcoeurisme collectif et social! Ta3awanou fi tedkiss elma3loumète bi taraqite elhifdh elbabaghaï el moumtaza wa la ta3awanou fi fahm el aham oua el mouhim!
Revenons au prof d’Allemand, n’challah rahou yedirelkoum kima kane y’dir ya quelques années de ça, en première année, nechfa, quelques jours avant l’exam y’souflilkoum le sujet, expression écrite incluse! oum’ba3d yebda yehsedna fi zoudj nouqtate ouala t’lata, yesserbi f’les «onze pas plus», noooormal, medelna el sujet w’nzidou n’râliw, yakhi nekkarine elkheir yakhi, Monsieur, nous tenons à vous préciser que nous n’avions rien demandé, nicht, kein, und so weiter! En plus t’chfaye ki bentlou ma 3djebniche elhal darre 3liya, hetta ghoumit’ha kima tout le monde quoi! Nous sommes tous des k’baches, je prends le risque de blesser plus d’un mais comme je m’y inclus, ma 3endkoum ma t’qoulou! Oû chetti n’site ma prissizit’ch belli au bout de la deuxième séance m’3ahe après la première nationalement appelée «hissatou ata3arouf» (et quel ta3arouf! on passait la moitié de l’année à essayer de concocter le prénom des profs, les prénoms de nos profs sont tabous chez nous, comme si khessouna les tabous, une vraie pénurie!) il nous lance « d’façon l’module ga3 t’djibouhe, djezna kamèl m’les profs li y’ssakiw, ana chuis pas du genre» , khebbez’naha, un souci de moins, 4h de libre, de gribouillage, blagage, regdage fouq et’wabel, wahda rahi 3qelha quelque part ma bine Vénus ou Mars, loukhra rahi tersam f’les mangas, wahdoukhra l’cahier d’yalha ha yitouffi m’les p’tits cœurs rouges, ou kayène tanit li rahoum gharqine f’hadek elportable, soit telqayha latya m3a l’jeu, soit t’3awed teqra ga3 les textos avec l’esquisse d’un sourire faussement dissimulé oû h’na bien sûr loukane n’fiqoul’ha rahèt 3liha, t'zaguèt, le smir de chez smir «ch’kounou hada? raki t’khebbi ya wahad essetouta!» ch’koun ki h’na, arrivés en 3ème année, ya rebbi n’3arfou n’ketbou «Guten Tag» sans fautes d’orthographe! Ragda oû t’passi! ci cool! Thaqafa! wechbik rana nele3bou wella kifèche? Ci tri sérieux chrikti !
N’qoulek hadja «ana nendeb lehnak-iw **» selon mon mélange berbèro-arabe, ce que j’appelle mon khaloutissage! Oû nendeb 3la l’intelligence ennagh***! Paresseux que nous sommes!
Youtba3...
* noukni : h'na, nous.
** iw : à moi (mes)
*** ennagh : à nous (notre)

